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Regards croisés


Photos

Le portrait est un mode de représentation qui revient constamment dans l’histoire de l’art et nous interroge aujourd’hui encore sur notre identité individuelle et collective. Les artistes, eux, ne s’exposent que rarement au regard de leurs collègues, comme s’ils craignaient un contact dangereux.
Cette exposition se présente comme un jeu de portraits croisés entre dix protagonistes issus de l’art contemporain, de l’illustration, de la bande dessinée, de l’art outsider, portraits dessinés d’après ceux du photographe Jean-Michel Etchemaïté. Ces artistes ont été sélectionnés sur la base de leur passion commune pour le dessin, mais aussi par l’envie de confronter des parcours différents. Ils sont intégrés dans la scène locale, préfèrent la culture alternative, travaillent dans des ateliers protégés. Ils ont tous pris le risque de se livrer à leur public.
Ils ont posé pour le photographe, entourés de fragments de leur intimité, de leurs images les plus chères, d’objets du désir. Dans un décor minimaliste, chacun s’est mis en scène, affichant un objet fétiche ou arborant une multitude d’éléments divers.
Loin d’être neutre, la nature de ces objets du quotidien est chargée d’un potentiel symbolique déployé dans toute son ampleur sous le regard visionnaire des artistes. Dans leur transposition graphique, l’empathie s’est mise au travail et le style de chacun s’est immiscé dans la représentation de l’autre pour détourner, déformer, coller ou broder des nouveaux signes sur le modèle.
Alexandre Baumgartner a entouré Isabelle Pralong d’une foule de créatures mi humaines mi animales. Rendant visible ce qui ne l’est pas dans la photographie, il a appelé sur scène les personnages de l’univers domestique de l’auteur que nous avons appris à connaître dans ses récits. Miriam Kerchenbaum a renversé la silhouette de Tom Tirabosco, répliquant inconsciemment l’effet de miroir du monotype, technique employée par l’auteur. Ensuite, elle a cousu une frise sur les bords du papier pour sceller la rencontre entre ces créatures protéiformes et les images choisies par Tom. Manuela Sagona, à son tour, a disposé Miriam Kerchenbaum dans son univers imaginaire, et on la retrouve engloutie dans la cuisine symbolique de son propre processus visionnaire. À l’opposé du goût pour la déformation de Manuela Sagona, Philippe Saugy a soigneusement reproduit les détails du portrait de l’artiste italienne, dans un souci d’adhésion à son modèle. Le trait sec et essentiel de Konrad Rumpl reflète l’assurance de Véronique Bovet lors de la séance de pose. A cette occasion, elle a changé d’habits, ôté ses lunettes, montré les effets de la chimiothérapie sur sa coiffure ; bref, elle a mis à nu sa beauté féminine devant l’objectif.
Inspiré par un poisson rouge, Josse Bailly a placé Peggy Adam dans une fantaisie lysergique. Engagés dans un duel de portraits croisés, les deux artistes ont dessiné des racines là où on ne s’y attendait pas : au bout d’un pied agrandi comme sous une loupe, sous une ampoule qui éclaire à peine le noir du fond. Ce symbole puissant illustre la tension entre surface et cœur des choses, entre l’être et son apparence, entre le rationnel et l’inconscient.
La force du dessin consiste en sa capacité d’activer un mouvement qui monte de la profondeur vers la surface… ou en sens inverse, comme le propose Isabelle Pralong : dans son dessin, des racines ramènent dans un monde souterrain les planètes qu’Alexandre contemple dans le ciel.
L’écriture « Planter des graines » que Peggy Adam a remplacée sur la pochette de « Seeds » de Josse Bailly, résume notre intention d’encourager la rencontre d’univers artistiques cloisonnés. Nous laissons désormais au public le plaisir d’en goûter les fruits.

Teresa Maranzano (initiatrice du projet)


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